Adieu Pierre

Son implication durant près de quarante ans au service l’Institut les Cent arpents et des personnes handicapées qu’il accompagne a été pour Pierre une bien belle aventure que j’ai eu toutes ces dernières années le privilège de partager avec lui

Permettez-moi de l’évoquer brièvement.

Comme souvent c’est un peu par hasard que l’on se prend de passion pour une cause qui vous élève et vous conduit vers les autres et qu’on décide de s’y investir de toutes ses forces, aux dépends parfois d’autres aspects de sa vie, mais cela suppose bien sûr que l’on soit prêt pour un tel don de soi.

C’est en prenant la direction de la Mutuelle du Groupe BNP, que Pierre a découvert cet Institut, récemment créé par elle, pour donner enfin, alors que les opportunités étaient bien rares, une opportunité d’accueil et d’insertion dans la vie courante pour les enfants handicapés de membres du personnel de la Banque.

Avec toute l’énergie dont il était capable et l’appui des Présidents de la Mutuelle, dont c’était aussi le grand œuvre, il s’y est investi corps et âme, démarchant pour l’ESAT, photos à l’appui, tous les services de la Banque, pour qu’ils lui passent commande, faisant connaître les  actions de l’Institut  à l’ensemble du personnel, dont les dons étaient activement sollicités pour que puisse être apporté un surplus de bien-être aux personnes accueillies par l’Institut. Et l’ensemble du personnel  de la mutuelle –  lui en laissait-il le choix? – rivalisait aussi d’ardeur pour lui apporter son appui, voire pour précéder ses actions.

C’était pour lui, c’était pour eux, un véritable apostolat, l’accomplissement d’une mission, dont, au risque d’être parfois injuste, il supportait mal qu’on ne la place pas au-dessus de tout.

Que voulez-vous, même dans la Banque il n’y a pas que l’argent qui compte !

Et puis, progressivement tout cela a trouvé son rythme. Il a pris rapidement des responsabilités au sein de l’Amicale créée pour recueillir les dons du personnel et il est devenu secrétaire du Conseil de notre Institut. Ce rôle correspondait bien à son sens de la rigueur et sa capacité d’analyse, si indispensables à notre évolution, car peu à peu nous changions de dimension – les enfants du personnel ne représentent en effet plus aujourd’hui que moins de 10% des personnes accueillies et nos locaux ont doublé de taille.

Nous nous sommes rencontrés il y a quatorze ans, alors que je rejoignais le Conseil de l’Institut, dont, comme lui, c’est un peu par hasard que je découvrais la présence.

Un an après j’en découvrais la Pré..sidence  !

J’ai encore en mémoire ce que m’a dit alors, en partant mon prédécesseur : « soyez tranquille mon apport ne vous manquera pas, car je sais que vous pourrez compter sur Pierre VINCENT et vous verrez comme il est précieux »

Etant comme lui très investi, nous nous sommes trouvés très bien ensemble. Sa connaissance profonde des rouages de notre Institut, son respect des personnes, son souci de s’investir, en faisant confiance à ceux qui sont en charge, ont par bien des côtés été pour moi un exemple.

Je me suis plié à ses habitudes.

Pendant six ans nous nous sommes vus tous les jeudis dans le beau bureau, que nous partagions à la Mutuelle. Nous expédions les affaires courantes sur place, parce que l’informatique n’était pas trop son fort, et échangions avec la Directrice, qui venait régulièrement nous y rejoindre, avec bien sûr une pause déjeuner. Il avait déniché (je ne vous dis que cela !) un restaurant sans prétention, dont la cuisine était excellente. Parce que c’était un fin gourmet le bougre ! Nous y avons partagé bien des choses. Il m’avait même presque convaincu de l’accompagner pour une nouvelle étape du pèlerinage de Compostelle pour laquelle il n’a finalement plus eu la force nécessaire (suis-je tout à fait sûr de le regretter ?). Nous discutions aussi souvent par téléphone, et j’ai eu ainsi souvent le plaisir d’échanger quelques mots avec son épouse, – à laquelle j’exprime toute ma sympathie – parce qu’il était alors au jardin ou simplement parti rendre un nouveau service à la paroisse.

Nous allions aussi régulièrement ensemble aux Cent Arpents pour avoir la joie d’y retrouver les travailleurs et résidents et c’est dans ces contacts que s’exprimait vraiment sa bienveillance.

Et puis il a bien fallu un jour céder notre Bureau, puisque c’était le plus grand de la Mutuelle, ou l’espace était rare, et que notre présence était seulement hebdomadaire.

Le charme était à ses yeux un peu rompu mais le plaisir encore entier.

L’introduction par la Mutuelle d’un seuil de 75 ans, qui l’avait obligé à quitter son Conseil, lui parut en revanche une limite de trop. Peut-être était- il aussi rassuré par ma promesse que la présidence des Cent Arpents serait la dernière que je quitterai – d’ailleurs je l’ai dépassé ce fameux cap ! Toujours est-il que  lorsque nous avons eu connaissance que quelqu’un qui avait toutes les qualités pour lui succéder y était éventuellement disposé, il a décidé de quitter ses fonctions de Secrétaire.

Dire qu’il aura fait pour rien l’effort de se mettre aux outils informatiques !

Il ne nous a pas du tout pour autant abandonné, toujours prêt à apporter une aide à son successeur, restant auprès du Bureau une conseiller apprécié, volontaire pour toute tâche qu’on voulait bien lui confier, en regrettant d’ailleurs que cela ne soit pas plus souvent. Il a représenté aussi toutes ces années notre Conseil d’Administration aux Conseils de la vie Sociale, dont il savait si bien nous exprimer les attentes, auxquelles il était particulièrement attentif.

Se sentant encore en bonne forme il m’avait ces derniers temps affirmés qu’il était prêt à s’impliquer plus encore et assurer la présence si d’aventure je venais à partir.

Le destin en a décidé autrement !

Alors que nous avions enfin pu accéder à sa demande d’être physiquement parmi les rares présents à Saran pour notre dernière AG, où sa contribution avait été une fois encore précieuse, et qu’il nous avait dit en nous quittant avoir particulièrement apprécié ce moment devenu trop rare, nous voilà particulièrement affectés par ce brutal départ.

Son engagement, son exemplaire dévouement, sa profonde humanité, qu’il a mis pendant tant d’années au service de notre mission, qu’il a si pleinement incarnée, nous manquent déjà.

Nous lui serons à jamais reconnaissants

Qu’il repose en paix